Beer Berry, le goût du Berry en bouteille

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Beer Berry, le goût du Berry en bouteille

À Déols, près de Châteauroux (36), Loïc Leroux a troqué son métier de géomètre pour celui de brasseur. Une reconversion inspirée, menée avec passion, créativité et une bonne dose d’autodérision. Plongée dans l’univers de Beer’Berry, microbrasserie artisanale où chaque bière a son histoire.

D’un plan cadastral à une cuve de fermentation

Il y a des virages de vie qui brassent bien plus que des idées. Pour Loïc Leroux, tout a commencé avec un cadeau : un petit kit de brassage offert par sa femme. Juste pour essayer. Juste pour le plaisir. Dix ans plus tard, la passion est toujours là, mais en bien plus grand format.

Géomètre de métier, Loïc décide en 2018 de changer de cap. Direction Nancy pour une formation à l’Institut Français des Boissons de la Brasserie et de la Malterie (IFBM), puis Bourges pour un stage immersif à la brasserie Bos. Un détour par la Chambre des métiers et de l’artisanat pour poser les bases solides… et le rêve commence à prendre forme. Il lui faudra près d’un an pour dénicher le bon local : une ancienne salle de crossfit dans une zone d’activité qu’il transforme à la sueur de son front en une microbrasserie chaleureuse et atypique. 270 m² où cohabitent boutique, bar, bureau et cuves de production.

Aujourd’hui, Beer’Berry vit au rythme de ses bières et de ses événements. Le bar ouvre en fin d’après-midi pour les afterworks ou sur rendez-vous, et Loïc anime aussi des stages de brasserie pour les curieux. Et si la porte est fermée, c’est sûrement que le brasseur est en vadrouille : marchés, festivals, dégustations… Le Berry, il le parcourt avec ses bouteilles sous le bras et un sourire en bandoulière.

Et chez Beer’Berry, les murs racontent aussi une histoire. Accrochés bien en vue, les drapeaux volontairement vieillis de l’Angleterre, du Pays de Galles, de l’Irlande, de l’Écosse et des États-Unis. « Il ne manque que le belge », plaisante Loïc. Ces pays, ce sont ses influences. Des terres de bière qui l’inspirent par leur diversité, leur audace et leur générosité. L’Allemagne ? Moins. « Je ne fais que de la fermentation haute. Les bières allemandes, ce sont des bières à fermentation basse, parfois appelées bière de soif… Moi, j’aime quand chaque gorgée a du caractère ! »

Loïc Leroux et ses bières artisanales du Berry

Des bières qui ont du caractère… et toujours une histoire

La Dame Blanche, la Fid’Ale, à chacun sa bière ou son jeu de mots

Chez Beer’Berry, les bières ne se boivent pas seulement, elles se racontent. Chacune d’elles porte un morceau de l’imaginaire de Loïc à la créativité débordante et à l’humour bien frappé. Ici, pas de recettes anonymes, chaque cuvée est un clin d’œil, un souvenir, un jeu de mots qui fait sourire… et réfléchir.

Parce qu’il ne brasse que des bières à fermentation haute, les fameuses ales, Loïc s’en donne à cœur joie pour baptiser ses créations. Et que l’on se rassure, aucune faute d’orthographe à l’horizon mais bien des jeux de mots assumés, taquins et soigneusement choisis.

Il y a la Fid’ale, aux accents cubains et au tempérament révolutionnaire. La NBA, pour Northern Brown Ale, mais aussi pour les amateurs de ballon orange. L’Hivern’ale, évidemment brassée pour les longues soirées d’hiver. La Ruby Tuesday, cuivrée et née un mardi, un clin d’œil appuyé aux Rolling Stones. Et puis La Dame Blanche, hommage tendre à une conteuse de fantômes qui a marqué l’enfance du brasseur.

Et parce qu’il aime tout faire lui-même, Loïc va jusqu’à dessiner ses étiquettes. Une patte graphique qui reflète son esprit : libre, artisanal, un brin espiègle.

Sa dernière création ? Une bière sans alcool baptisée Sans qu’ça chauffe, clin d’œil berrichon à la légèreté du breuvage. « On me reprochait trop d’anglais dans mes noms… Là, on est dans le local et je suis le premier brasseur de l’Indre à faire une bière sans alcool », sourit-il. Et dans ses carnets, une idée un peu folle mijote déjà : une bière au fromage de chèvre. Parce que quitte à être du Berry, autant y aller à fond.

Une bière 100 % artisanale, brassée avec précision

Chez Beer’Berry, rien n’est laissé au hasard. Chaque gorgée est le fruit d’un long processus, entièrement réalisé sur place par Loïc Leroux lui-même. « Je fais tout moi-même, du brassage à l’étiquetage », confie-t-il, en montrant fièrement sa machine d’embouteillage. Et quand on lui demande ce qu’il préfère dans son métier, la réponse fuse : « Créer de nouvelles recettes. Ce que j’aime le moins ? Mettre en carton pendant des heures… ».

Tout commence avec le malt, issu à 90 % de la malterie d’Issoudun, en région Centre-Val de Loire. Les plus foncés viennent d’Angleterre, pour leur torréfaction spécifique qui apporte couleur et intensité. Loïc les concasse sur place, déclenchant la première étape : la libération de l’amidon. Mélangé à de l’eau chaude, ce malt broyé libère des sucres fermentescibles qui seront transformés en alcool, et des sucres résiduels qui donneront du corps à la bière.

Vient ensuite la filtration dans une cuve. Là, la partie liquide appelée moût traverse un lit naturel de drèches (les écorces et résidus du malt) qui agit comme un filtre. Le liquide, d’abord laiteux, s’éclaircit peu à peu. Un rinçage à l’eau chaude permet d’extraire les derniers sucres.

On passe ensuite à la cuisson. Pendant une heure, la future bière bout à gros bouillons à 100°C. C’est ici que les houblons sont ajoutés. L’un au début pour l’amertume, l’autre à la fin, hors feu, pour les arômes. Loïc privilégie les houblons en pellets, plus faciles à conserver et à doser que ceux en fleurs. Parfois, il y ajoute aussi des ingrédients plus originaux, comme du miel de châtaignier ou des fruits, mais toujours à la fin du processus pour préserver leurs arômes.

La bière est ensuite rapidement refroidie grâce à un échangeur à plaques, avant d’être transférée dans les cuves de fermentation. Là, la levure entre en scène. Conservée au congélateur jusqu’à son réveil, elle transforme les sucres en alcool et en gaz pendant trois semaines. La fermentation se fait à température contrôlée, entre 18 et 25 °C, bières à haute fermentation oblige.

Avant l’embouteillage, Loïc ajoute une petite quantité de sucre pour enclencher une dernière fermentation naturelle. Pas de gaz ajouté ici. L’effervescence vient de la levure, qui continue discrètement son travail. Et pas de pasteurisation non plus sauf pour la bière sans alcool, qui nécessite un arrêt précis de la fermentation.

Chaque litre de bière demande entre 4 et 5 litres d’eau. Et à la fin du cycle ? Environ 20 000 bouteilles par an, disponibles en 33 cl, 75 cl ou en fût. Le tout, sans filtrage, pour garder la bière vivante. « Une bière artisanale, c’est comme un vin : elle évolue avec le temps », résume Loïc.

Résilience, circuits courts et fierté régionale

Il avait tout calé. La première cuvée de Beer Berry devait sortir pile le jour où le confinement a été décrété, en mars 2020. Un timing cruel, un lancement contrarié. Mais Loïc Leroux ne s’est pas démonté. Il a fait comme on fait quand on est brasseur et berrichon : il a tenu bon.

Crise sanitaire puis flambée des prix liée à la guerre en Ukraine, explosion du coût de l’électricité, du verre, du papier, du carton, météo capricieuse et restauration en berne… L’aventure aurait pu tourner court. Mais Loïc a transformé chaque contrainte en opportunité, multiplié les canaux de distribution, et surtout, gardé le lien humain au cœur de sa démarche. Il se souvient de ses livraisons pendant les confinements : « Les gens étaient contents de voir quelqu’un. On discutait, parfois longtemps. » Un brasseur devenu trait d’union entre les foyers.

Aujourd’hui, Beer Berry compte une douzaine de recettes. Il vend en circuits courts : marchés, épiceries fines, restaurants, cavistes. Moitié pros, moitié particuliers. Et toujours avec cette même approche artisanale. Même la météo, capricieuse alliée, a son mot à dire : « La bière reste un produit festif. Quand il pleut trois week-ends d’affilée, ça se ressent. »

Mais Loïc innove. Il ne s’arrête jamais à la mousse. Il a lancé une gelée de bière (sans alcool) idéale avec un foie gras ou pour badigeonner un rôti. « Ça fait une croûte caramélisée incroyable », glisse-t-il, avec cette gourmandise tranquille qui le caractérise.

Adhérent de la marque régionale C du Centre, il arbore fièrement le logo sur ses stands. « Même si je ne sais pas si les clients y sont vraiment sensibles, moi j’y crois », confie-t-il. Parce qu’au fond, ce qui l’anime, ce n’est pas juste de faire de la bière. C’est de raconter un territoire, l’histoire de produits de qualité, une manière de faire ou encore une manière d’être.

Avec humour, sincérité et une passion contagieuse, Loïc Leroux incarne une génération de néo-artisans enracinés et inventifs, qui brassent bien plus que de la bière : un esprit.

Article réalisé en collaboration avec Camille Colloch

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