Cosmétiques au lait d’ânesse : le pari bio d’une éleveuse du Loiret

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Cosmétiques au lait d’ânesse : le pari bio d’une éleveuse du Loiret

Installée à Oussoy-en-Gâtinais dans le Loiret, Alexandra Laurent-Claus a fait d’une passion d’enfance un métier à part entière. Éleveuse d’ânes de Provence, elle transforme le lait de ses protégés en savons et cosmétiques bio. Rencontre avec une entrepreneure engagée qui mise sur l’artisanat, le lien au vivant… et la tendresse des grandes oreilles.

Le coup de foudre d’une petite fille

Tout a commencé avec un âne. Alexandra avait 7 ans lorsqu’elle en croise un pour la première fois lors de vacances familiales à Lourdes. L’animal, curieux et câlin, vient chaque jour saluer les visiteurs de l’auberge. « À ce moment-là, j’ai su que j’aimerais en avoir un jour », sourit-elle. L’idée ne l’a plus quittée. Après un bac littéraire et un BTS agricole, elle bifurque vers un BPREA (Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole) pour concrétiser son rêve d’installation paysanne, avec un projet à la fois atypique et affectif : un élevage d’ânes.

À 21 ans, elle part en estive garder un troupeau d’ânes dans les montagnes de l’Ariège. Elle y découvre les rudiments du métier, la traite à la main et le lien au troupeau. Puis elle rencontre Camille Ristori, figure de la sauvegarde de l’âne de Provence, qui la convainc de s’engager dans la préservation de cette race rustique et rare.

Une ferme, une philosophie

L’histoire de l’EARL Lédanès débute en 2009, dans un ancien moulin familial niché à Nogent-sur-Vernisson (45). Alexandra Laurent-Claus, tout juste diplômée, y installe ses premières ânesses de Provence, avec une idée simple : produire du lait et le revendre à l’éleveur de l’Ariège rencontré lors de ses premières estives. Mais très vite, la passion pour l’artisanat local la pousse à aller plus loin.

Elle imagine ses propres savons, fait appel à une savonnière de la région, et commence à vendre sur les marchés. Le bouche-à-oreille fait le reste. « Les gens venaient par curiosité… et revenaient pour la qualité », sourit-elle. Ce lien direct avec les clients, Alexandra le cultive avec autant d’attention que celui qu’elle tisse avec ses animaux. « J’ai toujours voulu une ferme à taille humaine, respectueuse du rythme des bêtes. »

En 2014, à 28 ans, elle franchit une nouvelle étape et s’installe à la ferme de la Baudière à Oussoy-en-Gâtinais (45), un lieu plus visible, mieux équipé pour accueillir les visiteurs… et les ânes ! Le troupeau s’agrandit. Ils sont aujourd’hui une quarantaine, élevés avec patience, douceur et sans jamais forcer la nature. Les petits tètent leur mère, les ânesses profitent d’un an de repos après chaque naissance, et les plus âgées… sont adoptées par le cœur.

Toutes les retraitées sont désormais parrainées grâce à un système solidaire lancé récemment. « Je voulais leur assurer une belle fin de vie ici. On propose plusieurs niveaux de parrainage, de 10 à 50 euros par mois, pour contribuer à leur bien-être. » Il faut dire qu’un âne peut vivre jusqu’à 40 ans. Et entre les soins, l’alimentation et les besoins spécifiques de l’âge, l’engagement est à long terme.

Côté nutrition, le menu est simple mais précis : de l’herbe, du foin de prairie, quelques pommes ou carottes en friandises, et pour les mères allaitantes ou les aînées, un peu de luzerne. « Ce sont des animaux rustiques, mais leur premier risque de santé, c’est l’obésité ! Il faut doser. »

La traite débute à l’automne, lorsque les fortes chaleurs s’éloignent, et se poursuit jusqu’au mois de mai. Le lait, précieux, est soigneusement stocké au frais ou congelé pour alimenter les fabrications de savons et cosmétiques tout au long de l’année. Ici, chaque bulle de savon naît d’un pré, chaque crème d’un lien patiemment tissé avec le vivant.

Mais attention : l’ânesse est généreuse… surtout pour son petit. Sur les 10 litres qu’elle produit chaque jour, 8 sont réservés à son ânon. Seuls 2 litres peuvent être prélevés, soit à peine 20 % du total. Et pendant les trois premiers mois de vie du petit, c’est 100 % du lait qui lui est entièrement consacré. La traite ne commence donc qu’après ce temps d’attachement, sans jamais perturber le lien mère-petit. Une logique respectueuse du rythme naturel… et un choix assumé par Alexandra.

Du lait d’ânesse au savon : l’artisanat dans la peau

En 2017, la production de lait d’ânesse de la ferme Lédanès prend de l’ampleur. Trop d’ordres, pas assez de bras : l’artisan-savonnier local qui accompagnait Alexandra depuis ses débuts ne peut plus répondre à toute la demande. Un déclic. « Une collègue de l’Hérault m’a soufflé l’idée de me former moi-même. » Direction la Drôme pour apprendre la saponification à froid et la saponification à l’extrudeuse.

C’est cette dernière méthode, plus souple à gérer au quotidien, qu’Alexandra adopte. Elle installe une extrudeuse à la ferme, se fournit en billes de savon neutres (huiles d’olive et de coco sans huile de palme), et y ajoute son lait d’ânesse, des parfums naturels et des colorants végétaux ou argiles. « Je ne suis pas chimiste, je suis éleveuse. Mais je voulais pouvoir tout faire ici, de la prairie à la bulle. »

Le processus est maîtrisé : en trois heures, elle fabrique 100 savons à partir de 10 kg de matière. Deux semaines plus tard, les savons sont prêts à être utilisés. « Un vrai gain de temps comparé à la saponification à froid, qui exige huit semaines de séchage. »

Chaque semaine, environ 400 savons sortent de son atelier, rejoints par une gamme complète de cosmétiques conçus avec un laboratoire de Massay, dans le Cher. « Organic Lab Cosmetic accepte de travailler avec mon lait frais. C’est encore rare dans l’univers de la cosmétique où le lait en poudre reste la norme. Travailler avec des partenaires locaux qui respectent le produit, c’était essentiel pour moi. »

Aujourd’hui, la marque propose des soins pour toute la famille : crème visage, shampoing, lait corps, gel douche, baume nourrissant pour cheveux, savon à raser pour homme… et même des nouveautés 2025 : un déodorant naturel et des baumes à lèvres parfumés.

Le lait d’ânesse, riche en vitamine A (rétinol naturel), pauvre en matières grasses et proche du lait maternel, est reconnu pour ses vertus apaisantes, particulièrement en cas de peau atopique, eczéma ou psoriasis. La légende de Cléopâtre n’est pas un mythe !

Certaines senteurs sont proposées toute l’année, d’autres suivent les saisons : jasmin, vanille, citron ou passion au printemps, figue et pomme à l’automne. Les clients peuvent aussi commander des savons personnalisés pour mariages ou événements, déclinés en cœurs, petits ânes, ou suspendus à une ficelle (une idée glissée un jour par un fidèle… et devenue best-seller).

La vente se fait en direct, chaque mercredi et samedi à la ferme, sur les marchés le week-end ou lors de festivals comme le Festival de Loire à Orléans ou les fêtes Johanniques. Les ventes en ligne sont également proposées. Derrière chaque produit, il y a un choix : celui de l’artisanat local, de la transparence et d’un lien fort avec le vivant.

Une marque Lédanes enracinée dans son terroir

Depuis deux ans, Alexandra Laurent-Claus est fièrement adhérente à © du Centre. Une évidence pour cette artisane du vivant : « Je voulais pouvoir revendiquer que mes produits sont issus de notre région. D’autres terroirs le font, pourquoi pas nous ? » Le logo s’affiche désormais sur ses étiquettes, ses dépliants, et vient souligner une démarche de circuit court, cohérente et assumée.

Aujourd’hui, Alexandra partage son temps entre la ferme de la Baudière, ses 22 hectares, ses ânesses et leurs petits, et le site de Nogent-sur-Vernisson, conservé pour l’élevage des mâles reproducteurs. Dans les prés comme dans la boutique, les visiteurs découvrent des ânes particulièrement attachants. On connaissait les « chats-chiens » … ici, ce sont des ânes-chiens, véritables pots de colle à grandes oreilles qui adorent recevoir câlins et caresses !

Loin d’avoir dit son dernier mot, Alexandra fourmille d’idées : parmi ses projets, le développement de visites pour les comités d’entreprise et les associations, afin de partager son quotidien et sensibiliser à un autre rapport au vivant.

Article réalisé en collaboration avec Camille Colloch

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