Fraîcheur de Beauce : la nouvelle vie des légumes beaucerons

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Fraîcheur de Beauce : la nouvelle vie des légumes beaucerons

Derrière chaque carotte épluchée ou chaque frite fraîche servie dans les cantines d’Eure-et-Loir se cache une histoire de famille, d’audace et de passion. À la tête de Fraîcheur de Beauce, Isabelle Decorte a quitté l’industrie pharmaceutique pour réinventer la façon dont nous consommons les légumes locaux.

Une ferme familiale, trois générations de passion

À Beauvilliers (28), en plein cœur de la Beauce, les terres fertiles nourrissent une histoire familiale commencée il y a plus de trente ans. Le grand-père de Guillaume, mari d’Isabelle, fut l’un des pionniers à introduire pommes de terre et oignons sur ces grandes parcelles. Une idée audacieuse à l’époque, qui a peu à peu façonné l’identité de la ferme.

Aujourd’hui, la troisième génération cultive près de 1000 tonnes de pommes de terre, d’oignons et, plus récemment d’échalotes et carottes. Ces légumes de plein champ, robustes et adaptés aux grandes surfaces agricoles, cohabitent encore avec les céréales pour préserver la rotation des sols.  Une production qui s’inscrit pleinement dans la tradition agricole locale, tout en préparant l’avenir.

Fraîcheur de Beauce, une transformation locale et solidaire

Isabelle Decorte devant les portes de l’atelier

Arrivée à Chartres en 2008, Isabelle Decorte n’imaginait probablement pas un jour troquer sa blouse blanche pour des bottes d’agricultrice. Docteur en pharmacie, elle avait roulé sa bosse de Bordeaux à Orléans, passant près de 15 ans dans la R&D pharmaceutique, où elle a aiguisé une expertise redoutable en qualité.

Mais en 2021, tout change. Isabelle rejoint l’exploitation familiale de son mari Guillaume et y insuffle un vent nouveau en lançant Fraîcheur de Beauce. Son credo ? Valoriser la production de la ferme en proposant des légumes prêts à cuisiner, ces fameux légumes de « 4e gamme ».

« Nous voulons offrir des produits sains, locaux, d’une qualité irréprochable surtout quand il s’agit de nourrir des enfants ou des patients, martèle Isabelle. Nos légumes sont prêts à cuire ou à consommer directement, pour simplifier la vie des établissements ».

Aujourd’hui, 1 tonne de légumes passe en moyenne chaque semaine entre les mains expertes de l’atelier et la montée en charge croît de mois en mois. La clientèle ? Principalement des cuisines centrales d’hôpitaux, d’EHPAD, d’écoles, mais aussi des restaurateurs. « On couvre tout l’Eure-et-Loir, une partie du Loiret, et nous comptons bien continuer à grandir en région », confie Isabelle, le regard tourné vers l’avenir.

Fraîcheur de Beauce, c’est aussi une aventure humaine. L’entreprise emploie un collaborateur permanent et collabore chaque jour avec des travailleurs en situation de handicap, issus de la Fondation Anaïs. En tout, ils sont sept à se relayer, trouvant ici une place essentielle et valorisante dans la chaîne de production.

Du champ au sachet : une chorégraphie millimétrée

À l’origine, Isabelle rêvait d’installer son laboratoire directement sur la ferme mais finalementil voit le jour 20 km plus loin, dans un local loué.

Les machines arrivent en septembre 2024, et les premières productions démarrent trois mois plus tard, en décembre. « On n’est aujourd’hui pas encore à plein régime, mais on progresse chaque semaine », sourit Isabelle.

Chez Fraîcheur de Beauce, chaque légume vit un véritable parcours du combattant avant de finir prêt à cuisiner. Tout commence à la ferme, dans les frigos à une température de 8 °C pour préserver la fraîcheur. Puis direction l’atelier, où la température oscille entre 8 et 10°C.

Là, l’épluchage débute parfois à la main, parfois en machine avec des éplucheuses « parmentières », qui frottent délicatement les légumes sur un revêtement abrasif. « Les légumes difformes ? Ils posent problème en machine. Alors on les reprend manuellement sur table », précise Isabelle.

Une fois épluchés, place à la découpe des légumes sous l’œil des opérateurs. Viendra ensuite l’étape du fameux « jacuzzi » : un laveur géant de 600 litres, où l’eau tourbillonne en hélice, nettoyant chaque morceau sans additif ni chlore. « Une dernière douche d’eau claire parachève le rinçage avant l’essorage, qui s’effectue dans une essoreuse géante inspirée d’une centrifugeuse », décrit Isabelle. Enfin c’est l’ensachage des légumes.

Le tout est ensuite stocké à 4 °C, prêt à rejoindre cuisines de collectivités et restaurants.

La traçabilité est maximale puisque chaque sachet est contrôlé et un « sachet témoin » est conservé à chaque production. « Ce sachet témoin n’est pas obligatoire pour la 4e gamme, mais j’ai tenu à instaurer cette rigueur », souligne Isabelle. Un ERP (logiciel de gestion intégré) garantit la traçabilité complète, en amont comme en aval. Chaque réception, chaque livraison, chaque lot : tout est suivi.

Et côté hygiène ? Jusqu’à 2 heures de nettoyage quotidien, en plus de protocoles périodiques. Même le local poubelles est réfrigéré : « Les déchets repartent au champ, comme un compost naturel », conclut Isabelle, fière de cette boucle vertueuse.

© du Centre, plus qu’un label : un acte de foi territorial

Dès 2021, alors que Fraîcheur de Beauce n’en est qu’à ses premiers pas, Isabelle Decorte choisit d’adhérer à © du Centre, la marque régionale portée par l’Agence d’attractivité de la Région Centre-Val de Loire. Une décision naturelle, presque militante, tant elle incarne les valeurs que porte son entreprise.

« © du Centre, c’est bien plus qu’un logo sur nos sachets. C’est l’affirmation de notre ancrage, de notre engagement à produire ici, pour ici », explique-t-elle. En rejoignant ce réseau, Fraîcheur de Beauce s’inscrit dans une dynamique collective : celle de valoriser les ressources locales, de fédérer les acteurs du territoire autour de la qualité et de la proximité, et de retisser un lien direct entre producteurs et consommateurs.

Ce choix stratégique permet aussi à l’entreprise de gagner en visibilité, en crédibilité, et d’affirmer sa différence dans un marché où l’origine et la traçabilité deviennent des critères essentiels. « Nous sommes des agriculteurs-transformateurs enracinés. Cette marque, c’est notre signature. »

Une réponse concrète à la souveraineté alimentaire

À l’heure où l’indépendance alimentaire s’impose comme un enjeu stratégique majeur, Fraîcheur de Beauce montre la voie. Ici, pas de compromis : la production et la transformation restent locales, en circuit court et sans intermédiaire superflu.

Demain, Isabelle voit plus grand : elle rêve d’ouvrir sa légumerie à d’autres producteurs locaux, y compris en bio, pour élargir la gamme et continuer à nourrir le territoire, toujours en circuit court. Un pas de plus en somme vers la construction d’un modèle alimentaire plus résilient, capable de répondre aux enjeux d’aujourd’hui et d’anticiper ceux de demain.

Article réalisé en collaboration avec Camille Colloch.

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