À Pierrefitte-ès-Bois, dans le Loiret, le Pré de Mély s’impose aujourd’hui comme bien plus qu’une exploitation agricole. Révélé par L’amour est dans le pré, ce projet familial incarne une nouvelle manière de penser l’agriculture : produire, transformer, valoriser et raconter. Une ferme du Loiret devenue une référence en agriculture locale, circuits courts et produits artisanaux.
Yoann, agriculteur dans le Loiret : une agriculture durable et engagée

Avant Emmanuelle, avant la télévision, il y a Yoann et cette relation presque instinctive à la terre. Dans le Loiret, son histoire s’inscrit dans une filiation forte, marquée par la décision de son père, ingénieur parisien, de quitter la ville en 1968 pour s’installer à la campagne. Ce choix fondateur imprime une vision du travail tournée vers le concret, le vivant et le réel.
Yoann grandit dans cet environnement, au rythme des cultures et des saisons, jusqu’à intégrer naturellement l’exploitation familiale. Très jeune, il prend part aux travaux agricoles, conduit un tracteur dès l’enfance et développe un rapport intime avec la terre. Lorsqu’il reprend seul les 240 hectares en 1999, il ne cherche pas à reproduire un modèle existant, mais à le questionner.
Très vite, il remet en cause le labour, qu’il considère comme destructeur pour les sols. Il se forme, observe, voyage en Suisse et en Belgique, et découvre des pratiques agricoles alternatives centrées sur la préservation des sols et de la biodiversité. L’agriculture de conservation des sols, parfois rapprochée de la permaculture, devient alors une évidence. Sur ses parcelles, il réduit les passages de tracteurs, associe les cultures et laisse la vie du sol se reconstruire.
Les débuts sont difficiles, souvent incompris, parfois critiqués. Mais avec le temps, les résultats s’imposent. Les sols gagnent en vitalité, l’eau s’infiltre mieux et les charges diminuent. Ce modèle permet même à Yoann de gérer seul 240 hectares, preuve qu’une agriculture durable et efficiente est possible dans le Loiret.
Une rencontre née de L’amour est dans le pré
En 2010, Yoann fait un pas de côté en participant à l’émission L’amour est dans le pré. Un choix qui va bouleverser sa trajectoire.
À ce moment-là, Emmanuelle vit en Suisse. Un soir, alors qu’elle regarde un match de rugby avec ses parents, une publicité attire son attention. Le portrait de Yoann apparaît à l’écran. Elle s’arrête, observe, écoute. Et une phrase résonne immédiatement : « La vie est faite pour être à deux… À quoi bon tout posséder si on n’a personne avec qui le partager ? ».
Sans hésiter longtemps, elle décide d’écrire. Une lettre simple, sincère, encouragée par sa mère. Quelques semaines plus tard, elle arrive à Pierrefitte-ès-Bois. Leur rencontre marque le début d’une histoire qui ne s’interrompra plus.
Nous sommes alors en saison 5, la première présentée par Karine Le Marchand, une saison charnière qui installe durablement l’émission dans le paysage audiovisuel français. Très vite, Yoann et Emmanuelle deviennent l’un des couples emblématiques du programme, incarnant une authenticité rare.
Seize ans plus tard, ce capital sympathie est toujours là. En 2025, ils participent aux 20 ans de l’émission et renouvellent leurs vœux. Une histoire née à la télévision, devenue un véritable projet de vie.

Transformer pour créer de la valeur agricole en circuit court
Pendant longtemps, Yoann produit céréales, colza et tournesol, dans un modèle agricole classique. Mais rapidement, une limite apparaît. Les prix stagnent, les marges s’érodent et la valeur ajoutée échappe aux producteurs.
Emmanuelle apporte alors un regard différent. Après une première carrière d’assistante de direction, elle se reconvertit en 2018 avec un CAP cuisine, puis lance un food truck sur la centrale de Belleville. Elle y découvre la valeur réelle d’un produit transformé et le lien direct avec le consommateur.
La crise sanitaire de 2020 agit comme un accélérateur. Les consommateurs se tournent vers les circuits courts, les produits locaux et la traçabilité. Lorsqu’elle rejoint officiellement l’exploitation en 2021, la stratégie devient évidente : transformer à la ferme pour capter la valeur.
Le Pré de Mély devient alors une marque agricole à part entière, ancrée dans le Loiret et construite autour d’une identité familiale forte.
Huiles artisanales : une production locale reconnue dans le Loiret

L’aventure des huiles artisanales débute avec le rachat d’une presse à huile locale. « Un papi partait en retraite à 15 km et vendait sa presse à huile. On a sauté sur l’occasion » se rappelle Emmanuelle. Très vite, ce projet devient une quête d’excellence. Pendant plusieurs mois, Yoann et Emmanuelle testent, ajustent et affinent leurs méthodes afin de produire des huiles artisanales à forte identité gustative.
« Les huiles, c’est comme le vin », explique Emmanuelle. Cette approche se traduit par une exigence constante sur les variétés et les procédés. L’huile de colza devient leur produit signature, reconnue pour sa douceur et l’absence d’amertume. L’huile de colza se décline à l’ail, à l’échalote, aux herbes de Provence, au basilic ou encore à l’immortelle. L’huile de tournesol vient compléter la gamme des huiles.
Toutes ces huiles artisanales issues d’une production locale sont aujourd’hui distribuées dans des enseignes comme Intermarché et Carrefour sur Pithiviers, Aubigny ou encore Briare. Elles rencontrent un succès croissant, notamment auprès d’une clientèle urbaine en quête de produits locaux du Loiret, accessibles et de qualité.
Farines artisanales : du champ à l’assiette en circuit court
Dans la continuité de cette démarche de produire local et en circuit court, Emmanuelle et Yoann se lancent dans la production de pâtes et de farines artisanales baptisées « L’Amour est au moulin ». La farine de blé conserve toute la richesse du grain, tandis que la farine de maïs apporte une douceur caractéristique. Le sarrasin, sans gluten, séduit une clientèle attentive à la qualité et à l’origine des produits, tandis que le millet s’inscrit dans une approche nutritionnelle.
Longtemps relégué au rang de simple sous-produit, le son de blé trouve aujourd’hui une nouvelle valeur. Au Pré de Mély, il est pleinement intégré à l’offre et suscite un intérêt croissant, y compris au-delà du territoire. Des clients parisiens n’hésitent pas à en commander en ligne, signe d’une évolution des usages et du regard porté sur les produits agricoles.
« Nous le vendons 1 € les 500 grammes et, même avec 5 € de frais de port, de nombreux clients parisiens passent commande sur notre site », souligne Emmanuelle. Une dynamique qui illustre à la fois l’attractivité des prix pratiqués localement et l’émergence de nouvelles habitudes de consommation.

Cosmétiques naturels : une innovation issue de l’agriculture locale

Dans une logique de valorisation complète, le Pré de Mély développe également des cosmétiques naturels à base de ses huiles. L’idée naît d’une expérience personnelle d’Emmanuelle, qui observe les effets bénéfiques des huiles sur sa peau.
Rapidement, une gamme complète voit le jour, composée de soins simples, sans conservateurs, respectueux de la peau. Huile visage, huile à lèvres, huile démaquillante et nettoyante ou encore lotion nettoyante sont certifiés Ecocert à Bourges et conformes aux normes européennes.
Sur des applications comme Yuka, ils atteignent des notes proches de 100 %, témoignant d’une formulation particulièrement saine et transparente. Ces cosmétiques naturels sont aujourd’hui distribués en pharmacies, instituts et magasins spécialisés, renforçant la visibilité de cette ferme du Loiret au-delà du secteur agricole.
Agritourisme dans le Loiret : une ferme ouverte au public
Le Pré de Mély est devenu un véritable lieu d’agritourisme dans le Loiret. La ferme accueille des visites pédagogiques, permettant aux enfants de découvrir concrètement l’agriculture. « On dit aux enfants qu’on est des éleveurs de vers de terre disent de concert Emmanuelle et Yoann. Grâce à la conservation des sols on a en effet dix fois plus de vers de terre que d’autres terres agricoles. »
Au fil du temps, la ferme s’est transformée en lieu de rassemblement. Le marché de Noël avec des amis de l’émission L’amour est dans le pré et des producteurs locaux attire en novembre près de 2 000 visiteurs chaque année.
Les repas à la ferme, organisés de mai à octobre, offrent une expérience immersive au bord de l’étang. En 2023, la chaîne RMC Découverte consacrait d’ailleurs un reportage à ce projet d’aménagement au bord de l’étang, illustrant l’essor de cette ferme innovante en Centre-Val de Loire.
Engagés dans la marque régionale © du Centre, Yoann et Emmanuelle affirment leur volonté de produire localement, transformer localement et faire rayonner leur territoire. Le Pré de Mély s’impose ainsi comme un modèle d’agriculture locale dans le Loiret, capable de relier production, transformation et expérience client. Avec une conviction forte : produire ne suffit plus. Il faut aussi savoir raconter.
Article réalisé en collaboration avec Camille Colloch

