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L’Œnotourisme en région Centre-Val de Loire - I - Les prémices d’une ouverture au tourisme des vignobles

Écrit par : Laurie Caslot

L’Œnotourisme en région Centre-Val de Loire - I - Les prémices d’une ouverture au tourisme des vignobles

Écrit par : Laurie Caslot
Qui pourrait résister à la découverte des vins issus des divers vignobles de la région Centre-Val de Loire ? Certainement pas les premiers voyageurs qui vont dès le XIXe siècle commencer à venir découvrir grâce au chemin de fer puis, par la suite, avec les premières automobiles le patrimoine bâti exceptionnel de la région. Le terme œnotourisme renvoyant à la découverte des vignobles et du vin qui apparait dans les discours des acteurs de la filière touristique et viticole au début du XXe siècle, puise son origine dans une histoire bien plus ancienne.

Les vignerons de la région sont depuis bien longtemps reconnus pour leur caractère avenant. Un étranger, un ami vient à passer : « Allons prendre un verre de vin ? », et voilà un beau moment d’échange et bien des rires assurés au fond de la cave comme en attestent les écrits de plusieurs visiteurs ayant fait une halte en pays de vignoble à la fin du XIXe-début du XXe siècles. L’œnotourisme ou tourisme dédié à la vigne et au vin qui se développe et se structure véritablement à la toute fin du XXe siècle, puise son essence dans cette tradition ancienne d’accueil. Le morcellement même du vignoble en petites exploitations familiales participe directement à ce contact privilégié entre vignerons et passants. Ce goût particulier de l’accueil ne reflète toutefois pas, au tout début du XXe siècle, une pratique courante. Rares sont encore les visiteurs à se rendre dans les vignobles pour partir à la découverte de la production locale. Il faut dire qu’à cette époque, le tourisme commence tout doucement à se développer et se structure essentiellement autour de la découverte du patrimoine bâti de la région Centre et ses châteaux emblématiques. Il faut attendre l’entre-deux-guerres pour observer une attention nouvelle portée à la vigne et au vin par les prescripteurs et touristes eux-mêmes.                                                

Le vignoble vouvrillon, premier pôle d’émergence d’une offre touristique en dehors des châteaux

Progressivement, de simples savoir-faire traditionnels, des plus ordinaires et banals aux yeux des locaux aux paysages façonnés par l’homme et à la production qui en est issue, la vigne et tout ce qui l’entoure deviennent l’objet d’une offre touristique à part entière, véritable emblème de la culture locale à découvrir aux côtés des châteaux de la Loire. L’appellation Vouvray apparaît très vite avec les débuts de la démocratisation du tourisme comme le fer de lance de cette ouverture nouvelle du vignoble aux visiteurs. Les vignerons de l’appellation Vouvray soutenus par les élus locaux cherchent en effet très rapidement à profiter du tourisme pour faire connaître leurs vins et développer leurs ventes. Profitant de la renommée de leur production mais aussi de leur proximité avec la ville de Tours et de nombreux châteaux, quelques vignerons et négociants ouvrent dès le début du XXe siècle, le long de la nationale 152 menant à ces sites touristiques et passant par leur commune, les premières « dégustations » de la région. Lieux de découverte du fameux nectar mais aussi de vente, elles offrent une visibilité nouvelle aux producteurs dont les exploitations sont cachées sur le coteau.

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette valorisation des grands crus de Touraine répond véritablement à une attente nouvelle des touristes et à une stratégie touristique régionale directement inspirée de celle développée par les Bourguignons. La gastronomie régionaliste associée au folklore apparaît alors comme l’un des meilleurs moyens d’attirer mais encore et surtout, de retenir, les touristes. Le vignoble vouvrillonnais concentre ainsi au cours des années 1930 toutes les attentions et bénéficie d’une activité érudite et folkloriste riche particulièrement visible. À côté des premières études menées sur l’histoire du vignoble vouvrillon également liées à la volonté de reconnaissance des appellations d’origine, se met en place un certain nombre d’actions impulsées par le syndicat d’initiative de Vouvray créée en 1934 et visant à mettre en avant l’ancrage culturel du vignoble. Les références à Rabelais se multiplient alors dans les discours tandis que s’affirme le parfait accord des vins de Vouvray avec les spécialités gastronomiques tourangelles. La création de la Confrérie vineuse de Vouvray en 1937 constitue une étape importante dans ce processus d’affirmation culturel du vignoble. Influencée par le dynamisme de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin bourguignon, la Confrérie des Chevaliers de la Chantepleure se veut avant tout être au service de la promotion du vouvray mais aussi plus largement faire connaître la Touraine ainsi que la diversité de ses sites, produits et vins. Pour remplir cette mission, la Confrérie s’appuie très vite sur l’histoire et les traditions vues comme les piliers de l’âme d’un peuple. Au-delà des discours, afin de valoriser la culture locale et la rendre accessible au plus grand nombre, un musée rétrospectif de la vie du vigneron tourangeau au cours des âges est aménagé dès 1937 dans la cave du Syndicat d’Initiative de Vouvray.

Entre folklore et valorisation de la gastronomie locale : la progressive ouverture des territoires viticoles au tourisme (1950-1990)

Le lendemain de la Seconde Guerre mondiale marquera un nouveau tournant dans l’ouverture au tourisme des vignobles de la région Centre face au développement de l’automobile et à l’augmentation progressive du nombre de jours de congés payés. Dès 1955, est créée la route des vins de Vouvray, signalisée à l’instar de celle de Bourgogne créée en 1937 ou encore celle d’Alsace mise en place en 1953. À côté de ces routes du vin « officielles » dûment inaugurées et jalonnées, de nombreuses autres routes, non moins pittoresques, qui serpentent au flanc des coteaux couverts de pampres, vont également prétendre au rôle et au titre de « Routes du Vin » et venir s’enrichir d’une offre folklorique nouvelle au service de la promotion de la production et du territoire. Les confréries vineuses font en effet, en cette seconde moitié du XXe siècle leur apparition dans les différentes appellations de la région tandis que se multiplient les lieux d’accueil emblématiques tels les Caves Painctes à Chinon, lieu historique cité par François Rabelais ou encore la Cave touristique du Pays de Bourgueil.

Le très large écho fait dans la presse nationale à ce folklore commercial, le soutien important de la presse gastronomique et touristique à ces initiatives comme la place importante de l’économie alimentaire dans le commerce régional vont directement participer à l’enrichissement de l’image de la destination désormais plus seulement attachée aux châteaux de la Loire mais ouverte à tout un art de vivre intimement lié à la richesse du patrimoine gastronomique et viticole local. Progressivement, face à l’afflux grandissant de touristes, des vignerons commencent à chercher à améliorer les conditions d’accueil des visiteurs. À côté des petits musées des vins qui apparaissent chez quelques vignerons d’incroyables parcours de visite dans les caves commencent à être proposés comme en atteste le « Métro des grands crus Coco » qui ouvre ses portes à Vouvray dès les années 1950. « Métro Coco », c’est l’incroyable histoire d’un vigneron, Marcel Pinon dit "Coco", et de toute une famille qui, au lendemain de la Seconde Guerre, va chercher à développer l’accueil de touristes en leur proposant un lieu inédit de dégustation au sein des caves, en multipliant les références au métro parisien et en développant un véritable parcours de visite dans une ambiance des plus chaleureuse. Les cars de touristes si nombreux à partir à la découverte des châteaux feront de cette cave une étape incontournable de leur parcours.

Premiers efforts de structuration d’une offre touristique thématique : la naissance de la route des vignobles du Val de Loire

Au début des années 1990, l’accueil des touristes au sein des vignobles est devenu pratique courante comme en témoigne à côté de la mise en scène du patrimoine viticole locale au niveau des ronds-points, la multiplication des panneaux indiquant les vignerons le long des principales voies de communication. Les routes des vins jalonnant les vignobles de la région apparaissent toujours comme un support de communication essentiel auprès des touristes leur permettant de partir, par eux-mêmes, à la découverte du vignoble mais le besoin de les structurer se fait, en cette fin de XXe siècle, désormais nettement sentir. Le comportement des visiteurs à changer : ils souhaitent être accompagnés, aidés, informés sur les lieux de séjour. Leur demande est très locale et le milieu rural est en ce début des années 1990 sous-équipé en la matière. Si ce n’est les réalisations de certaines associations et SIVOM, les initiatives en matière d’aménagement du territoire manquent bien souvent de projets qui dépassent les limites de la commune, territoire administratif dont le touriste est peu soucieux.

Soucieux de soutenir, l’ouverture des vignobles au tourisme et d’aider ainsi à leur désenclavement, le Comité départemental du tourisme de Touraine va dès 1995, s’intéresser à la création de la "Route Touristique du Vignoble", projet interdépartemental initié dès 1987 en Anjou et réalisé pour la région Centre sous la houlette du Comité interprofessionnel des Vins de Touraine (CIVT) avec l’ensemble des acteurs touristiques et viticoles. Il s’agit de proposer un projet de territoire comprenant non seulement un fléchage directionnel mais encore des relais d’informations Touristiques et viticoles dont l’implantation privilégie l’itinérance des touristes à travers l’ensemble du Val du Loire, territoire qui s’impose déjà comme une destination touristique cohérente. L’ensemble des vignobles de Touraine et du Loir-et-Cher sont inclus dans ce projet y compris les appellations coteaux du vendômois et du Loir. Les vignobles du Berry se retrouvent les grands oubliés de la région. Il faudra attendre 1999, cinq ans après la création du Bureau Interprofessionnel des Vins du Centre (BIVC) pour que les vignerons du Centre-Loire bénéficient à leur tour d’une route des vins en 1999.

La création de la Route des Vignobles du Val de Loire marque une étape importante sur le plan du développement de l’offre touristique liée à la découverte de la production viticole locale. L’offre commence doucement à se structurer mais reste au final assez limitée. Les attentes des visiteurs commencent à évoluer et la dégustation proposée par le vigneron ne va bientôt plus suffire. 

A suivre...

BIBLIOGRAPHIE

CSERGO Julia, LEMASSON Jean-Pierre (dir.), Voyages en gastronomies, L’invention des capitales et des régions gourmandes, Paris, Autrement, 2008, 264 p.

GAY Charles, PASQUIER Louis, Gastronomie tourangelle : recueil des meilleures recettes des grands chefs de cuisine de Touraine, Tours, Arrault, 1937, 124 p.

JACQUET Olivier, LAFERTE Gilles, « La Route des Vins et l’émergence d’un tourisme viticole en Bourgogne dans l’entre-deux-guerres » in Cahiers de géographie du Québec, Volume 57, n°162, Décembre 2013, pp. 425-444.

La France à table, Indre-et Loire, n° 92, octobre 1961, 40 p.

 

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