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Le claquedent - Une gourmandise chinonaise

Écrit par : Nicolas Raduget
  • @ Christelle et Denis Cesbron
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Le claquedent - Une gourmandise chinonaise

Écrit par : Nicolas Raduget
Sachez, si vous êtes friands de géographie, qu’il existe une « rue du Claquedent » à Grainville (27) et Mannevillette (76), ainsi qu’une « rue Claquedent » à Tournai, en Belgique. Mais si vous désirez un sachet de friandises, en Touraine, la rue du claquedent est à Chinon, dans la boutique de Denis et Christelle Cesbron.

Étymologiquement, le terme n’est pas très flatteur. En argot, il est volontiers assimilé à un miséreux ou à une maison de jeu mal famée, voire de prostitution. Ici, il ne s’agit ni d’un bouge, ni d’un tripot, mais d’une pâtisserie, « La Feuillantine », où le mal famé est remplacé par le met fameux. Entre autres douceurs, elle propose à la vente le Claquedent, un chocolat composé d’un praliné amandes et noisettes maison mélangé à de la feuilletine qui donne du croustillant à la dégustation. Mais d’où cette gourmandise tire-t-elle son nom ? De Rabelais, évidemment, dont l’effigie orne d’ailleurs le Claquedent, avec une fine couche de chocolat blanc. C’est justement en 1994, année de commémoration des 500 ans de sa naissance, que le pâtissier Olivier Simon, sur une idée de Jean-Jack Martin, artiste et figure locale, amoureux de l’identité tourangelle, a mis au point cette confiserie en forme d’hommage à l’auteur du Quart Livre.

Le Claquedent apparaît à plusieurs reprises dans l’œuvre du natif de Seuilly, qu’à peine dix kilomètres séparent de Chinon. Pantagruel découvre à la bibliothèque Saint-Victor quelques ouvrages fameux dont Le Claquedent des Vauriens et, dans le chapitre IX du Quart Livre apparaît un « grand villain claquedens ». Aux côtés des Grobec, Bouillonsec, Froide anguille, Saupoudré et autres Rincepot, on trouve également un Claquedens parmi les cuisiniers gaillards et prompts au combat qui aident Frère Jean des Entommeures et Pantagruel à combattre les Andouilles. En 1883, un journal humoristique à deux sols, Le Claquedent, publié à Lyon, qui se veut abracadabrant, littéraire, artistique et gaulois, cite François Villon mais se revendique d’un autre François à travers la présence de « Dame Gargamelle » dans l’Ours. Celle-ci est « cuisinière jurée », c’est-à-dire une pipelette qui préfère nous conter la naissance du journal « sorti la nuit dernière de la rate même de maistre Françoys Rabelais » plutôt que d’approfondir sa recette de « Tartines de Raisiné ». De nos jours, le Claquedent a pris du galon et a gagné ses lettres de noblesse. Il peut remercier Rabelais de l’avoir cité.

À l’été 2006, vingt-deux ans après sa création, son succès était constaté par Denis Cesbron dans le Magazine de la Touraine : « les touristes n’attendent parfois pas d’être sortis du magasin pour ouvrir le sachet ». Ces chocolats sont proposés en deux versions, enrobage noir (61 % de cacao) et enrobage lait (35 % de cacao), et « bien entendu pur beurre de cacao », nous précise Christelle Cesbron au moment où nous écrivons ces lignes. La spécialité est vendue au détail ou en barrettes de trois tailles différentes, au prix de départ de 19,50 €. Le Claquedent est toujours disponible à « La Feuillantine » et depuis 2013 à « La Tour des pains » dans l’autre boutique ouverte par Denis et Christelle Cesbron près du château de Chinon, avenue François Mitterrand.

Victime de son succès, la friandise, constituant le cadeau idéal, a failli manquer à plusieurs reprises, constate Christelle Cesbron. Un vigneron a un jour commandé pour environ 1200 euros de Claquedents. Des expéditions à l’étranger, par exemple au Canada et en Angleterre, permettent d’exporter ce chocolat en dehors des terres tourangelles où les spécialités restent un peu trop souvent confinées. Il était d’ailleurs possible jusqu’à une période récente d’acheter le Claquedent sur Internet. Les entreprises peuvent également s’adresser à la Feuillantine pour leurs cadeaux de fin d’année. Bien emballé, sa conservation est d’environ 1 mois à température ambiante. Actuellement, les uniques commerçants du Claquedent, le couple Cesbron, sont souvent sollicités par les médias, au-delà du cadre régional. Le plateau de Midi en France émission diffusée sur la chaîne France 3 a évoqué le Claquedent, et l’enseigne « la Tour des pains » a participé à l’émission « La meilleure boulangerie de France » proposée par M6. De quoi inciter les passants à se rendre compte eux-mêmes de la qualité du produit en se rendant sur place.

Nicolas Raduget

Docteur en Histoire, Université François-Rabelais, Tours

BIBLIOGRAPHIE

La Nouvelle République du 15 décembre 2013.

La Nouvelle République du 13 mars 2016.

Le Magazine de la Touraine, no 99, été 2006.

RABELAIS, François, Quart Livre : édition présentée, établie et annotée par Mireille Huchon, Paris, Gallimard, 1998, 682 p.

RABELAIS, François, Pantagruel : édition critique sur le texte de l’édition publiée à Lyon en 1542 par François Juste, Paris, Honoré Champion, 1997, 263 p.

 

 

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